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Une milice de la pensée

mardi 6 juin 2000

Implanté dans quelques villes de France, l’ADFI reprend à son compte les thèses de la psychiatrie comportementaliste — en publiant des textes de Margaret Singer — afin d’atteindre ses visées inquisitoriales à l’égard des religions, en particulier celles qui n’ont pas l’heur de lui plaire, pour des raisons pour le moins subjectives. Et ce, en violation de la Constitution qui garantit la liberté de conscience et l’égalité des droits aux citoyens. Anachronique, ce groupe prône le harcèlement, le refus du dialogue, la diffamation et se permet d’établir des listes noires à l’encontre d’individus ou d’entreprises dont les créateurs ou les membres appartiennent à une religion qui ne figure pas au catalogue des religions majoritaires...

En France, les disciples de cette école de psychiatrie comportementaliste se sont illustrés à plusieurs reprises dans l’enlèvement, la séquestration et la mise sous drogues d’individus coupables de penser autrement. En 1981, Alexandra Schmidt, secrétaire de l’ADFI, fut inculpée dans l’affaire Claire Château, cette jeune femme, membre de l’Eglise de l’Unification, qui fut enlevée et séquestrée par un individu venu spécialement de l’étranger pour procéder au rapt moyennant finances. En vain, d’ailleurs, puisque Claire Château qui fut récemment invitée sur le plateau de "Enquête de vérité", sur TF1, témoigna de sa fidélité constante à son église. Elle y apparut sereine, bien dans sa peau et loin de ressembler à une illuminée, comme le remarqua lui-même Jean-Pierre Foucault.

Quelques mois plus tard, le président de l’ADFI était impliqué dans une affaire similaire. "Nos techniques de déprogrammation sont maintenant bien au point, grâce notamment aux expériences américaines", déclarait déjà en 1976,Mme Ovigneur, une animatrice de l’ADFI de Lille. A cette époque, si le concept du déprogramming était encore inconnu du public, la polémique que suscitait le recours à de tels procédés allait donner aux pratiques de l’ADFI un éclairage très contesté. Interrogée par L’Aurore après le kidnapping, dans les années soixante-dix, de Brigitte Backeland, une jeune fidèle de l’Eglise de l’Unification, la présidente de l’ADFI confirmait au journal l’enlèvement de la jeune fille en assurant : "Brigitte se repose maintenant à la campagne où elle va être déprogrammée." Commentaire du journal : « "Et ce n’est pas le premier (déprogramming). Selon elle (la présidente de l’ADFI), dix-sept jeunes gens ont déjà été soustraits à l’influence néfaste de la secte par l’association." » Des années plus tard, les mêmes méthodes extrémistes étaient toujours employées. Témoin, Maria C., une jeune infirmière libérale de Marseille. Kidnappée et internée d’office en 1991 à l’hôpital psychiatrique Sainte-Marguerite, on l’obligea à avaler des neuroleptiques sous peine d’être transférée en cellule capitonnée.

Réussissant à déjouer la surveillance de l’établissement, Maria s’enfuit et déposa plainte. Ecroués pour proxénétisme. Ils avaient créé une association "antisectes" C’est le Midi Libre Au 12 novembre 1992 qui révélera l’information. Poursuivis et placés en mandat de dépôt en Suisse pour "coups et blessures volontaires et séquestration de personne", trois ressortissants français ont été ensuite arrêtés par la police de l’Air et des Frontières et écroués à la prison de Perpignan. Accusés de proxénétisme, les membres du groupe recrutaient des jeunes femmes, originaires d’Oran ou de Saint-Etienne. Ils les plaçaient dans des instituts de massage, à Perpignan ou à Toulouse ou encore dans le quartier chic de Barcelone. C’est l’une d’elles qui, étant parvenu à s’échapper, a alerté la gendarmerie de Valence d’Albigeois, dans le Tarn, contribuant ainsi à jeter les malfaiteurs en prison. Jean Parraga, le chef de cette bande, avait créé en mars 1992 une association de lutte contre les institutions religieuses dans le Midi de la France. « "Destiné, selon son président, à la protection de l’enfance en danger et au combat contre les "sectes"", » "Action + ", avait même reçu des dons en faveur de ses activités, raconte la presse locale.

Assassiné pour ses Idées

Dans la chaude après-midi du 28 juillet 1992, éclatent, en plein centre de Lyon, plusieurs coups de feu. Atteint aux jambes, un homme s’écroule sous les regards horrifiés des badauds. Auteur de plusieurs best-sellers, passionné d’ufologie (1), la victime, Jean-Richard Miguères, avait fondé le CEIRUS, une association d’étude des phénomènes extraterrestres. Son récent mariage avec Odile l’avait comblé. Pas Roger Dorysse, le meurtrier, pour qui les activités de son gendre n’étaient qu’"élucubrations et divagations". Mais la mésentente qui séparait les deux hommes était-elle à ce point irrémissible qu’elle dût se dénouer dans le sang ? « "Mon mari regrette bien sûr son geste, mais il est totalement soulagé et serein", » déclarera Mme Dorysse, l’épouse de l’assassin. "Il a fait ça dans un seul but, sauver sa petite-fille "des griffes de ce dangereux personnage"." Dangereux ? Pour Yvette Genosy, la présidente de l’ADFI locale, cela ne faisait aucun doute : Miguères était un être malfaisant. Les époux Dorysse ont-ils pris pour argent comptant les accusations d’Yvette Genosy ? On peut le penser, d’autant plus que Mme Dorysse est membre de l’ADFI et qu’évidemment sa filiation nouvelle avec son beau-fils n’arrangeait rien. Que Miguères défendît une cause, certes peu commune, déplaisait à l’ADFI. Ainsi a été assassiné un homme, victime d’une propagande insidieuse qui a suscité ce climat de haine.

Un autre point de vue

Membre d’Amnesty International, Christian Paturel, un avocat qui a choisi de défendre la communauté des Témoins de Jéhovah, avouait à la presse, fin 1992, s’être constamment heurté à l’opposition de l’ADFI dans ses efforts pour assouplir le régime pénal français réservé aux objecteurs de conscience. En France, selon Me Paturel, 700 à 1000 jeunes jéhovistes sont emprisonnés chaque année pour ce qu’il nomme un "délit d’opinion". Statistiques qui valent à la France le triste privilège de figurer dans le rapport annuel d’Amnesty International. Bien connu des juridictions françaises pour ses multiples interventions en faveur de la reconnaissance religieuse de cette communauté, c’est dans le cadre de ses activités humanitaires que l’avocat a mesuré l’ostracisme dont faisait preuve l’ADFI. Faisant part au siège mondial d’Amnesty International à Londres, de ce qui apparaissait comme une atteinte à la liberté d’opinion, Me Paturel indiquait dans un rapport circonstancié que l’ADFI connaissait aujourd’hui de dangereux débordements. Comme la France a souscrit à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, prévoyant notamment l’exercice de la liberté religieuse, le secrétariat londonien d’Amnesty International s’est dit "inquiet" des débordements de l’ADFI dans une note officieuse qu’il a remise à son représentant français. Les vives réactions provoquées par la divulgation de la note d’Amnesty International prouvent que les critiques portées contre l’ADFI bouleversent bien des idées reçues.

(1) Tiré de l’américain "UnidentifiedFlyingObjects"ou"UFO", ce qui se traduit par "Objets Volants Non Identifies" soit "OVNIs". L’ufologie est l’étude de ces phénomènes à laquelle se consacrent des spécialistes tant scientifiques qu’amateurs avertis.

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