N°46

 
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Répéter un mensonge n’en fait pas une vérité

jeudi 8 août 2013

Répéter un mensonge n'en fait pas une vérité

La Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives sectaires (Miviludes) se plaît à répéter que le « phénomène sectaire » mettrait en danger 50 000 à 60 000 enfants. Quant à Georges Fenech, son ancien président, il s’empêtre dans les chiffres. Dans une interview au Figaro le 13 octobre 2010, il parle de 50 000 enfants « victimes d’une emprise sectaire ». Sur France 2, il évoque 60 000 enfants en danger, sur France 3 ils sont 80 000, mais sur LCP ils ne sont plus que 20 000. Le 30 octobre 2012, devant une commission d’enquête, il a enfin admis qu’après avoir été à la tête de la Miviludes pendant 4 ans, il n’a « pas d’éléments statistiques ».

La commission d’enquête sénatoriale sur l’influence des mouvements à caractère sectaire dans le domaine de la santé, qui vient de rendre son rapport, aura au moins eu le mérite de forcer l’un des principaux responsables de cette rumeur à reconnaître la vérité. Le 30 octobre 2012, Georges Fenech, après avoir prêté serment, avoue en effet : « Je suis incapable de vous dire combien précisément, ou combien au plus près, il y a d’enfants concernés par le phénomène », avant d’ajouter « je n’ai pas d’éléments statistiques ».

Philippe Vuilque, ex-député et ancien président du groupe d’études sur les sectes de l’Assemblée Nationale, a confirmé ces déclarations en affirmant à son tour qu’il n’existe aucune étude sérieuse. « Alors, en la matière, il n’y a pas de chiffres. On estime … environ […] On est assez démunis parce que, bien évidemment, comment voulez-vous avoir une statistique sur le nombre d’enfants concernés ?  »

Propres à émouvoir l’opinion publique, ces chiffres sont pourtant répétés depuis des années et méritent qu’on s’y arrête. Car d’où viennent-ils ? S’il n’existe ni statistiques ni chiffres, sur quels éléments s’appuie donc cet organisme public pour affirmer avec une telle autorité que des milliers d’enfants sont en danger ?

Tout d’abord, qu’est-ce qu’un « phénomène sectaire » ? La Miviludes elle-même, dans un guide publié en 2012, rappelle que : « Il n’existe aucune définition juridique de la secte et aucun texte de loi n’interdit l’appartenance à une secte. Respectueux de toutes les croyances et fidèle au principe de laïcité, le Législateur s’est toujours refusé à définir les notions de secte et de religion. Pour les mêmes raisons, il n’existe pas dans la loi de définition de la notion de dérive sectaire. » Voilà qui n’éclaire guère le lecteur.

Les vrais chiffres de la commission d’enquête

Mais revenons-en aux chiffres et à la source de ce curieux recensement. Pour essayer de prouver aux Français que les « sectes » seraient un vrai problème, le député Fenech avait obtenu en 2006 la création d’une ixième commission d’enquête parlementaire, celle-ci consacrée à l’influence sectaire sur les mineurs. Les responsables des différents ministères, des RG et de la Gendarmerie nationale, lors de leurs auditions par la commission, ont été très clairs : il y avait tout au plus quelques dizaines de cas (voir la vidéo La vérité sur quelques mensonges en ligne sur www.ethique-liberte.org).

« Aucun incident mettant en cause des enfants ou un pronostic vital n’a été relevé. » M. Didier Leschi, chef du Bureau central des cultes, Ministère de l’Intérieur, 17/10/2006

« Lorsque nous avons demandé aux inspecteurs d’académie quels étaient, parmi ces enfants en danger, ceux qui l’étaient à cause de mouvements sectaires, ils nous ont répondu qu’il y en avait 8. » M. Jean-Yves Dupuis, Inspecteur général, Ministère de l’Education nationale, 10/10/2006

« Statistiquement, depuis les 3 dernières années, nous n’avons pas eu de cas où nous ayons pu démontrer une mise en danger délibérée de mineurs. » M. Etienne Madranges, directeur de la Jeunesse et de l’Education populaire, Ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative, 18/10/2006

« Dans ce vaste ensemble, je n’ai trouvé trace que de deux cas présentant un lien avec le comportement sectaire. » Mme Françoise Le Bihan, Directrice adjointe du Service des français à l’étranger et des étrangers en France, 17/10/2006.

« Lors de nos relations sur le terrain, dans les préfectures, avec l’éducation nationale, les DDASS, les centres aérés et tous les organismes qui traitent de la jeunesse, nous n’avons jamais affaire à 60 000 signalements, ni même à 30 000, mais tout au plus à quelques dizaines. » Joël Bouchité, Directeur central des Renseignements Généraux, 4/10/2006

« Les associations qui s’intéressent aux sectes avancent parfois que 20 000 mineurs pourraient être sous l’influence de mouvements sectaires. [ …] En tout état de cause, même si elles ne constituent que la partie émergée du phénomène, les affaires traitées par la gendarmerie se situent à un niveau très inférieur à ces estimations : depuis 2004, 37 procédures seulement ont été diligentées par les unités de gendarmerie. » Général Guy Paraire, directeur général de la Gendarmerie nationale, 4/10/2006.

Suppositions

Le président de la Commission, dépité, faisait triste mine devant ces chiffres qu’il qualifiait de « dérisoires ». Enfin, Emmanuel Jancovici, chargé de mission pour la coordination, la prévention et le traitement des dérives sectaires au ministère de la santé et des solidarités, est venu tirer G. Fenech de ce mauvais pas et des chiffres de son chapeau. On lit dans le rapport de la commission parlementaire, au sous-chapitre « Un nombre important d’enfants victimes, qui reste difficile à évaluer », que M. Jancovici a répondu à une interrogation du président, M. Georges Fenech, portant sur le nombre d’enfants concernés par les mouvements à caractère sectaire : « Le total est, au minimum, de 60 000 à 80 000 enfants élevés dans un contexte sectaire. Les statistiques ne permettent pas d’être plus précis. Par prudence, je préfère parler de plusieurs milliers d’enfants. (…) » Par ailleurs, il a précisé : « S’agissant des enfants élevés dans le contexte « Témoins de Jéhovah », les sondages effectués à la demande de ce groupe, de 1997 et 1998, avancent que les trois quarts des adeptes ont des enfants. En supposant que dans ces familles, il y a au moins un enfant, nous sommes arrivés au chiffre de 45 000. Pour les autres groupes, on ne peut pas connaître scientifiquement le nombre d’enfants. Je pense qu’il y en a plusieurs dizaines de milliers, 35 000 ou 40 000. Sans compter les mouvements intégristes, qui comptent beaucoup de membres. Si on prend en compte tout cet ensemble, on est facilement au-delà de 100 000. Et en termes de protection des enfants, cela pose des questions d’ordre politique. »

Donc, M. Jancovici dit 60 000 à 80 000, tout comme il aurait dit 100 000, voire plus. Il « suppose », il « pense que », il extrapole des chiffres « qu’on ne peut pas connaître »… mais il n’a aucun dossier à présenter à l’appui de ses dires, hors un sondage effectué par les Témoins de Jéhovah eux-mêmes. D’ailleurs, selon les chiffres fantaisistes nés des extrapolations d’E. Jancovici, 45 000 seraient tout simplement des enfants de famille membres des Témoins de Jéhovah, que la Cour Européenne des droits de l’Homme et de nombreux pays dans le monde reconnaissent comme une religion à part entière (voir article Cour Européenne des Droits de l’Homme : la France condamnée pour violation de la liberté religieuse).

Et surtout, du simple fait que leurs parents font partie d’un groupe religieux ou philosophique, ces enfants sont assimilés à des enfants en danger. On ne peut manquer de faire le rapprochement avec les déclarations abominables de J. P. Brard, membre de la Miviludes, qui s’interrogeait devant la même Commission : « Les Témoins de Jéhovah ne fabriquent-ils pas des enfants infirmes, intellectuellement parlant ? » De quoi susciter l’indignation bien au-delà de l’enceinte de l’Assemblée Nationale. Car de l’autre côté de la frontière, en Espagne, en Italie ou en Suisse, ces mêmes enfants jouent, vont à l’école et vivent heureux, bref, sont tout simplement des enfants comme les autres.

Comme l’a dit clairement M. Jancovici, la question est d’ordre politique. Il s’agissait alors de justifier des dépenses publiques et l’existence même de la Miviludes, organisme officiel qui propage une certaine forme d’intolérance. Cette position risque d’être de plus en plus difficile à tenir pour le gouvernement, alors que l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe vient de voter une résolution* [1] appelant les gouvernements à respecter le droit des parents d’assurer l’éducation de leurs enfants d’une manière qui soit conforme à leurs propres convictions religieuses et philosophiques.

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