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N° 45 - Psychotropes : Attention danger
La vérité sur quelques mensonges : Georges Fenech en flagrant délit
mercredi 16 novembre 2011
Depuis sa création, la Miviludes (Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires) a tout fait pour justifier son existence. Il faut savoir qu’il n’existe aucune définition d’une « secte », et encore moins d’une « dérive sectaire ». Les contours flous de cette notion ont donc permis à la Miviludes de mettre sous surveillance un large éventail de mouvements jugés non-conformistes, qu’il s’agisse d’amateurs de bio, de développement personnel, de bien-être, de mouvements thérapeutiques ou de groupes spirituels ou religieux.
Dans un rapport au Premier ministre de 2008, Georges Fenech, nommé ensuite président de la Miviludes, expliquait clairement sa conception : « L’action répressive de l’État doit être mise en œuvre dès lors qu’un certain nombre de critères sont réunis : une ou des personnes qui commencent à s’attacher à des idées véhiculées, différente des idées habituellement partagées par le consensus social ». En d’autres termes, la dérive commence dès que l’on cherche à sortir des sentiers battus…
Tout le monde, ou presque, entrerait donc dans le champ d’action de la Miviludes. Les chiffres les plus fantaisistes sont d’ailleurs jetés en pâture aux médias par Georges Fenech, qui déclarait sur Radio Vatican le 15 octobre 2010 : « On est sur des bases qui peuvent toucher peut-être 10 millions de Français. »
Quant il s’agit de mineurs, Georges Fenech s’empêtre dans ses contradictions. Dans une interview au Figaro le 13 octobre 2010, il parle de 50 000 enfants « victimes d’une emprise sectaire ». Sur France 2, Georges Fenech évoque 60 000 enfants en danger, sur France 3 ils sont 80 000, mais sur LCP ils ne sont plus que 20 000. De qui se moque-t-on ? Faut-il y voir une tentative de désinformation ? Car les chiffres sont disponibles, y compris dans le rapport 2010 de la Miviludes. Des représentants des différentes administrations ont témoigné en 2006 devant une Commission parlementaire sur l’influence sectaire sur les mineurs, commission dont le président n’était autre que Georges Fenech.
Audition de M. Didier Leschi, chef du Bureau central des cultes, 17/10/2006.
« Le chiffre de 45 000 enfants de témoins de Jéhovah a parfois été avancé. […] En vue de cette audition, j’ai demandé aux préfectures de recenser, sur les trois dernières années, les incidents liés à la transfusion. Il est remonté un petit nombre d’incidents, souvent réglés par la discussion. Aucun incident mettant en cause des enfants ou un pronostic vital n’a été relevé. » Source : Rapport Miviludes 2010.
Audition de M. Jean-Yves Dupuis, Inspecteur général, 10/10/2006. « Durant l’année scolaire écoulée, les inspecteurs d’académie ou les recteurs ont procédé à 19 000 signalements aux procureurs de la République, concernant des enfants qu’on estimait être en danger, pour diverses raisons. Lorsque nous avons demandé aux inspecteurs d’académie quels étaient, parmi ces enfants en danger, ceux qui l’étaient à cause de mouvements sectaires, ils nous ont répondu qu’il y en avait huit. »
Source : Rapport Miviludes 2010. Au cours de l’année 2010, aucune décision se rapportant au contentieux familial n’a été portée à la connaissance de la Direction des Affaires familiales. Audition de Mme Sancy, Bureau des affaires judiciaires de la législation, directeur de la Protection judiciaire de la jeunesse, 3/10/2006. « … nous nous sommes aperçus que [la problématique sectaire] était très marginale par rapport à l’ensemble des autres problèmes que notre direction est amenée à gérer pour ces mêmes mineurs, à savoir les problèmes de violence, de déscolarisation, d’insertion professionnelle, de difficultés familiales. »
Source : Rapport Miviludes 2010. En 2010, aucun signalement n’a été transmis par les services déconcentrés chargés de la jeunesse. Audition de M. Étienne Madranges, directeur de la Jeunesse et de l’éducation populaire, 18/10/2006. « Statistiquement, depuis les trois dernières années, nous n’avons pas eu de cas où nous ayons pu démontrer une mise en danger délibérée des mineurs. »
Audition de Mme Françoise Le Bihan, directrice adjointe du Service des Français à l’étranger et des étrangers en France, 17/10/2006. « Dans ce vaste ensemble, je n’ai trouvé trace que de deux cas présentant un lien avec le comportement sectaire. »
Audition de Joël Bouchité, directeur central des Renseignements généraux, 4/10/2006. « Lors de nos relations sur le terrain, dans les préfectures, avec l’éducation nationale, les DDASS, les centres aérés et tous les organismes qui traitent de la jeunesse, nous n’avons jamais affaire à 60 000 signalements, ni même à 30 000, mais tout au plus à quelques dizaines. »
Source : Rapport Miviludes 2010. Au paragraphe « suivi des enquêtes en cours », les « enquêtes ou phénomènes les plus représentatifs fin 2009 et 2010 » sont au nombre de 4, dont une affaire où « l’enquête a permis d’établir que ses enfants n’étaient pas en danger. » Audition du général Guy Paraire, directeur général de la Gendarmerie nationale, 4/10/2006. « Les associations qui s’intéressent aux sectes avancent parfois que 20 000 mineurs pourraient être sous l’influence de mouvements sectaires. […] En tout état de cause, même si elles ne constituent que la partie émergée du phénomène, les affaires traitées par la gendarmerie se situent à un niveau très inférieur à ces estimations : depuis 2004, trente-sept procédures seulement ont été diligentées par les unités de gendarmerie. »