mercredi 7 février 2007
INTRODUCTION OPERATION MIND CONTROL
Il plonge le lecteur dans le monde terrifiant et inhumain de la psychiatrie et des services secrets, où toute considération pour l’individu est écrasée au profit d’une recherche frénétique en vue du contrôle mental des populations de ce globe.
L’auteur démontre comment la psychiatrie a littéralement mis en place au fil des années des éléments criminels au sein des gouvernements, possédant des techniques qui contribuent au maintien des pouvoirs en place et au contrôle des citoyens.
On y cite notamment les recherches et expériences réalisées par les services de renseignement américains - la CIA (Central Intelligence Agency) - sur des cobayes humains, dans le but de mettre au point un système de contrôle mental.
Les premiers projets et programmes - ultra-confidentiels - avaient pour noms de code Bluebird, Artichoke et MK-Ultra. Leur but était, comme le dit Gordon THOMAS, "d’investiguer comment il peut être possible de modifier le comportement d’un individu par des moyens "couverts" (on y faisait appel aux drogues, à l’hypnose, aux chocs électriques sur le cerveau et à d’autres formes de manipulation mentale).
Ces programmes qui virent le jour au sein des services de renseignement de la marine américaine, passèrent ensuite sous le contrôle de la CIA à la fin des années quarante.
L’alliance entre la psychiatrie et la CIA débuta alors que la menace du "lavage de cerveau communiste" était présentée comme le danger le plus terrifiant que pouvait rencontrer la communauté du renseignement occidentale.
La plupart de ces programmes commencèrent durant la guerre de Corée et furent "justifiés" par les tentatives des Coréens d’endoctrinement des prisonniers de guerre américains au marxisme et d’autres incidents similaires. Puisque les communistes le faisaient, la Centrale de Renseignement américaine se devait de ne pas prendre de retard, et si possible, de devancer les soviétiques dans ce domaine. La CIA était alors une organisation exempte de tout contrôle, qui disposait de fonds pratiquement illimités. Une centaine de psychiatres furent ainsi utilisés aux Etats-Unis et ailleurs.
La CIA avait dans les années soixante établi un réseau de sociétés "écrans" qui lui permettait de financer toutes sortes de projets. Des psychiatres furent recrutés pour mener des expériences sur des cobayes humains afin de mettre au point des techniques de contrôle des individus, dans le cadre d’objectifs propres aux services secrets.
Comment effacer la mémoire d’un agent secret une fois une opération terminée ; comment résister à des interrogatoires et à la torture ; comment faire plier la volonté de quelqu’un ou comment le rendre fou en quelques minutes par l’injection de drogues spéciales pénétrant par les pores de la peau ; tels étaient quelques-uns des objectifs de l’agence américaine. La plupart des techniques revenaient à utiliser une combinaison de drogues hyper puissantes, d’hypnose et d’électrochocs, ce qui permettait à ces psychiatres d’atteindre parfois leurs buts, mais au détriment de la vie des personnes sur lesquelles ces expériences étaient tentées.
Deux des objectifs les plus spectaculaires atteints par ces psychiatres furent la fabrication de tueurs psychopathes qui se suicidaient après avoir commis leur crime, et les vastes manipulations de foule sur les campus américains dans les années soixante-dix ayant pour but la dépolitisation des étudiants par l’emploi de certaines drogues dont le LSD. Plusieurs ouvrages ont traité du sujet, et leur publication à la fin des années soixante-dix devait susciter des enquêtes parlementaires très poussées. Ceci a contribué pour une grande part à la reprise en main de la CIA par l’Etat en forçant celle-là à obtenir l’approbation de membres représentatifs du Congrès avant de se lancer dans des opérations d’envergure.
Dans son exposé, Gordon THOMAS met en cause des psychiatres bien spécifiques, comme par exemple le Dr Ewen CAMERON, qui au sein de l’Université Mac Guill à Montréal détruisit des centaines d’individus par injections répétées de produits comme le LSD, l’administration d’électrochocs sur ces mêmes "patients" et la pratique de lobotomies pendant que, dans leurs moments de repos, les "sujets" étaient forcés à écouter leurs propres confessions sur bandes magnétiques à l’aide de casques attachés autour de la tête.
La conception qu’avait CAMERON de l’esprit humain était plus que simpliste, mais très significative. Le mental était pour lui une sorte de bande magnétique qui pouvait être effacée puis re-programmée à volonté. Il suffisait d’en effacer quelques grandes parties à coups d’électrochocs et d’autres techniques du même genre pour ensuite, sous hypnose, reconstruire la personnalité d’un sujet. CAMERON appelait lui-même ces techniques "depatterning" et "reprogramming".
Les expériences du Docteur CAMERON décrites dans ce livre sont insoutenables et comparables aux atrocités nazies commises par les docteurs fous qui opéraient dans les camps de concentration. Beaucoup de "patients" sont morts à la suite de ces expériences et d’autres furent handicapés à vie. Récemment, à l’issue d’un très long procès qui s’est déroulé au Canada, la CIA a dû verser plusieurs millions de dommages-et-intérêts à certaines des victimes ayant survécu à cette boucherie.
Mais le plus remarquable, c’est que CAMERON était loin d’être un petit psychiatre obscur. A cette époque, il était probablement le spécialiste le plus célèbre en Occident, et il occupa même des fonctions éminentes telles que la présidence de l’Association Mondiale de Psychiatrie.
Parmi la centaine de psychiatres américains recrutés par la CIA, certains ont acquis par la suite des positions importantes au sein de la communauté scientifique américaine. Quelques-uns d’entre eux se sont spécialisés dans un militantisme idéologique particulier, passant sous silence leurs activités liées au renseignement. Ce sont ces psychiatres, et plus particulièrement leurs liens avec les services secrets américains, ce qu’ils ont suscité depuis les 15 dernières années et leur idéologie, que nous allons examiner dans cette étude.