N°46

 
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La Psychiatrie à l’assaut de la société

jeudi 18 août 2005

La Psychiatrie à l'assaut de la société

Psychiatrie Comme le montrent les chiffres officiels, le sport favori des psychiatres d’aujourd’hui consiste à réclamer toujours davantage de moyens financiers et humains pour résoudre les problèmes posés par les troubles mentaux au sein de la société. Mais alors que de plus en plus d’argent public est mis à leur disposition, qu’en est-il de leur capacité véritable à résoudre ces problèmes ? Les faits font planer un doute croissant sur l’efficacité du système et ses adversaires soulignent que le fossé entre moyens investis et résultats obtenus se creuse de plus en plus.

Un tueur sous influence ? Un tueur sous influence ? « Soigné » par des psychiatres depuis 12 ans et sous l’influence de psychotropes, Richard Durn (ci-dessus) a tué en 2002 huit conseillers municipaux à Nanterre avant de se suicider en sautant du quatrième étage.

Fou ou pas fou ?

Devant la Chambre d’accusation de la Cour d’Appel de Toulouse, pas moins de sept psychiatres ont débattu en avril dernier sur le cas de Bouazzi B. Fou ou pas fou ? En février 2003, ce dernier avait poignardé une inconnue dans une rue de Gaillac, sans aucune raison apparente. L’homme avait connu auparavant onze hospitalisations en centres spécialisés. Quelques semaines avant son crime, il était sorti d’un séjour en hôpital psychiatrique. L’hôpital l’avait mis dehors en disant qu’il n’avait rien.

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Funérailles des huit conseillers municipaux
victimes de Richard Durn.
Hommage public lors des funérailles des huit conseillers municipaux de Nanterre victimes de Richard Durn, le 2 avril 2002.

Confronté à des experts incapables de se mettre d’accord, le Procureur a demandé que l’homme soit jugé, plutôt que de le déclarer irresponsable en raison de ses troubles mentaux. Il souligne que « si l’homme n’est pas jugé, il sera renvoyé dans un secteur psy d’où il sortira peut-être dans six mois, sans qu’il soit possible de l’empêcher de porter une arme et de se rendre où il veut ».

Effectivement, dans une telle affaire, il semblerait illogique, pour ne pas dire risqué, de se fier aux psychiatres pour évaluer la dangerosité de l’individu. Que ce soit en tant qu’experts ou en tant que « soignants », ils se sont montrés bien incapables de porter un diagnostic cohérent et semblent plutôt jouer aux apprentis sorciers. Faut-il pour autant condamner l’ensemble de la profession ?

La Commission des Citoyens pour les Droits de l’Homme (CCDH), association créée par l’Eglise de Scientologie qui se bat depuis trente ans pour dénoncer les abus psychiatriques, demande que la responsabilité pénale des psychiatres puisse être examinée en cas de crimes commis par des personnes suivies en psychiatrie ou sous traitement psychiatrique.

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LA PSYCHIATRIE EN QUESTION
Frédéric Grossmann (à gauche), président de la Commission des Citoyens pour les Droits de l’Homme (CCDH) France, demande que la responsabilité des psychiatres soit engagée dans le cas de crimes commis par des patients sous l’influence de psychotropes.

« En plus de leur dangereuse incompétence, c’est l’incroyable arrogance des psychiatres qui est la plus gênante. » explique Frédéric Grossmann, président de CCDH. « Ils sont incapables de se remettre en cause et n’assument pas la responsabilité de leurs actes. »

Frédéric Grossmann (à gauche), président de la Commission des Citoyens pour les Droits de l’Homme (CCDH) France, demande que la responsabilité des psychiatres soit engagée dans le cas de crimes commis par des patients sous l’influence de psychotropes.

Les démons de la psychiatrie

Si le cas Bouazzi a scandalisé l’opinion publique, c’est sans doute l’affaire de la tuerie de Nanterre qui a déclenché ce mouvement critique envers la psychiatrie. A l’époque, Richard Durn, qui prenait des psychotropes et avait en sa possession plusieurs armes, avait tué huit conseillers municipaux au cours d’une réunion du Conseil municipal. Il s’était donné la mort deux jours après. doc54|right> Les psychiatres qui l’avaient suivi furent mis en cause pour n’avoir jamais signalé sa dangerosité, ce qui aurait pu permettre qu’on lui retire son permis de port d’armes. Depuis lors, que ce soit en France ou à l’étranger, les affaires de ce genre se sont multipliées. A Bordeaux, le procès d’Alain Diaz en 2004 a révélé que ce tueur d’enfant était suivi en psychiatrie. Cinq jours avant le meurtre, il s’était rendu spontanément à l’hôpital psychiatrique avec sa compagne. Il sentait qu’il n’allait pas bien et il a demandé de l’aide. Les psychiatres de service l’ont laissé partir et ont gardé sa compagne en observation. L’une des parties civiles au procès a annoncé vouloir porter plainte contre ces psychiatres irresponsables.

L’été dernier, c’est l’affaire de Pierrot le fou qui avait défrayé la chronique. Ayant passé l’essentiel de sa vie entre prison et hôpital psychiatrique, il avait été libéré et s’était mis à tuer au moins trois jeunes filles en quelques semaines.

Il est clair que cette succession de bévues ne doit rien au manque de moyens. Il s’agit là d’un problème de compétence et même parfois simplement de bon sens. La solution consiste-t-elle alors à enfermer toutes les personnes affectées de troubles mentaux ? Ou bien faudrait-il plutôt les obliger à suivre en permanence un traitement psychiatrique, c’est à dire à prendre leurs neuroleptiques à vie ?

On voit bien les dangers que de telles dispositions feraient peser sur les libertés publiques et individuelles. Pour le docteur Jean-Philippe Labrèze, placer toutes ces personnes sous traitement psychiatrique ne ferait qu’empirer les choses. Etudes à l’appui, il affirme que les neuroleptiques, parfois appelés « camisole chimique », créent dans un certain nombre de cas un effet paradoxal, l’akathisie, une inaptitude à rester tranquille, qui serait reliée à des comportements agressifs. Les patients décrivent « ressentir un violent désir de frapper quiconque se trouve dans les environs ». Le docteur Labrèze a pris la tête d’un collectif de citoyens demandant un moratoire sur les traitements psychiatriques brutaux, comme cette camisole chimique si largement utilisée, ou les électrochocs, de nouveau à la mode.

Un système qui génère sa propre violence

Ainsi, au-delà des erreurs commises en terme de diagnostic de dangerosité, il conviendrait de s’interroger sur ce qui se passe dans les hôpitaux psychiatriques eux-mêmes et sur le bien-fondé de la plupart des traitements psychiatriques. Les hôpitaux psychiatriques actuels sont-ils encore assimilables aux asiles d’antan ?

Pour Ronald Laing, un des principaux artisans du mouvement anti-psychiatrique, toute personne saine d’esprit soumise plus de quinze jours à un traitement réservé aux malades mentaux sombrerait inexorablement dans la folie.

Certains faits récents laissent penser que la situation actuelle dans les institutions psychiatriques rappelle les heures les plus sombres de la psychiatrie dans les années 50.

Qu’en disent les tribunaux ? En avril 2004, un psychiatre du Territoire de Belfort a été condamné à de la prison avec sursis pour homicide involontaire. L’affaire a révélé que dans son service, un jeune homme était mort dans une chambre d’isolement pour cause de déshydratation. Enfermé par 40 degrés, sans soins appropriés, il n’arrivait plus à tenir debout. Son corps a été retrouvé plein d’ecchymoses. Une femme de ménage de l’hôpital témoigna qu’elle n’avait pas pu rester dans cette chambre pour faire son travail, tant l’air y était suffocant. Le jeune homme, à qui l’on reprochait d’avoir voulu casser le poste de télévision, y est décédé au bout de quatre jours dans des conditions inhumaines.

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La justice discréditée.
Les évaluations psychiatriques contradictoires, comme au procès d’Outreau, provoquent des réactions indignées du public (ci-dessus) et suscitent la controverse autour du système judidicaire. Pourtant, d’après Frédéric Grossmann, président de CCDH, les psychiatres « sont incapables de se remettre en cause et n’assument pas la responsabilité de leurs actes ».

A l’hôpital Esquirol, en janvier 2005, ce sont des syndicalistes qui ont alerté les médias sur les conditions également inhumaines et dégradantes dans lesquelles étaient laissés les patients en chambre d’isolement. Une enquête administrative a blanchi l’hôpital mais pour beaucoup, le doute et l’appréhension subsistent. Comment s’étonner dès lors que des patients traités comme des animaux et bourrés de drogues aux effets secondaires imprévisibles adoptent un comportement violent ?

À la lumière de ces éléments, le drame de Pau au cours duquel le jeune Romain a tué deux infirmières prend un relief différent. Le jeune homme n’a-t-il pas déclaré avoir agi par vengeance ? Même si cela n’enlève rien à sa culpabilité, il faut s’interroger sur un système psychiatrique qui génère sa propre violence.

La psychiatrie : une illusion permanente ?

En dépit de ces événements et malgré les multiples faits divers mettant en cause les psychiatres et leurs traitements qui s’enchaînent dans l’actualité, la profession psychiatrique ne paraît pas amorcer la moindre réflexion sur son action réelle. Bien au contraire. Les psychiatres ont-ils évoqué la moindre responsabilité dans l’affaire de ce jeune homme qui a récemment tué dix personnes dans un lycée situé dans une réserve indienne du Minnesota ? Il était pourtant suivi en psychiatrie et, d’après le New York Times, il prenait du Prozac. Dans ce genre d’affaires, les psychiatres les plus médiatiques et généralement particulièrement prolixes font tête basse.

Pourtant, ce type de médicaments antidépresseurs, largement promus par les psychiatres qui y voyaient la panacée contre les troubles de l’âme, est aujourd’hui sévèrement critiqué. Le Ministre de la Santé, P. Douste-Blazy, avait demandé leur interdiction pour les mineurs.

De nouvelles données viennent d’être publiées au moment où Éthique & Liberté était mis sous presse : l’Agence européenne de médecine, basée à Londres, après avoir terminé sa revue des anti-dépresseurs, annonçait le 25 avril 2005 que, lors des essais cliniques, on avait observé plus fréquemment des comportements suicidaires parmi les enfants et adolescents traités aux anti-dépresseurs que parmi ceux qui étaient sous placebo.

« Il y a certainement de quoi s’inquiéter quand on sait que les prescriptions de molécules de ce genre ont doublé en France au cours des cinq dernières années » déclare Frédéric Grossmann, président de CCDH. Mais que penser des psychiatres qui connaissent les dangers des drogues qu’ils sont les premiers à prescrire ? Quelle crédibilité faut-il accorder à une profession qui semble jouer à la roulette russe avec les patients et refuse de reconnaître sa responsabilité ?

En 2004, lors du procès de Marc Dutroux, le célèbre tueur en série, on apprendra que le criminel et sa compagne allaient voir chaque semaine un psychiatre qui leur renouvelait leur prescription de somnifères avec lesquels ils droguaient leurs victimes. Appelé comme témoin, le psychiatre conclut sa déposition en déclarant qu’« on leur aurait donné le bon Dieu sans confession ». Une naïveté malheureusement similaire à celle des gouvernants vis-à-vis de la psychiatrie dans son ensemble.

Le phénomène de banalisation de la violence, en particulier dans ce qu’elle a de plus irrationnel et imprévisible, devient subitement plus compréhensible si l’on considère que le système psychiatrique génère une violence supplémentaire, à la fois par ses traitements et par la façon même dont il abuse d’individus désorientés.

De récents sondages montrent que l’opinion publique a cessé depuis longtemps de faire confiance aux psychiatres. Combien de milliards dépensés et surtout combien de victimes faudra-t-il encore avant que le gouvernement ne revoie sa politique laxiste envers l’industrie de la santé mentale ?

Alexandre Forté

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