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N° 43 – Nouvelles spiritualités : Qui se cache derrière les attaques ?
Des « descentes » inquisitoriales téléguidées
mardi 8 juin 2010
Cette communauté paisible réunit autour d’un moine laïc bouddhiste une dizaine de familles qui ont choisi ce mode de vie « pour apprendre à bien vivre, tout simplement. » Ce qui n’empêche pas la journaliste du Parisien de conclure par une menace à peine voilée : « Nul doute que, dans les semaines à venir, d’autres services s’inviteront à leur tour sous les grands chênes du Moulin des Vallées. » Interrogée sur cette descente lors d’un colloque organisé par des sociologues des religions le 15 janvier 2010, la secrétaire générale de la Miviludes, Amélie Cladière, tente de défendre son Président : « Vous comprenez, monsieur Fenech a une culture de juge d’instruction... » Sauf que monsieur Fenech n’est plus juge d’instruction et qu’il n’en a absolument plus les prérogatives.
Mais il n’en est pas à son coup d’essai. Le 21 novembre 2006, alors qu’il était membre d’une commission parlementaire, Georges Fenech avait organisé une descente surprise dans la communauté biblique Thabita’s Place, à Sus, dans le Sud de la France, puis s’était épanché devant la presse. La Fédération des Protestants de France avait dénoncé ces faits, regrettant que M. Fenech semble avoir oublié les principes de l’égalité des armes et du contradictoire indispensables à une bonne administration de la justice. Selon leurs propres déclarations, les membres de la commission « ont constaté que les enfants savaient lire », « un médecin scolaire a examiné les enfants et les a trouvés en bonne santé ». Selon les témoignages, G. Fenech a déclaré aux parents : « Nous avons trouvé […] vos enfants heureux et en bonne santé. » D’après ces propos, la communauté de Sus ne pose donc aucun problème. Pourtant, cette visite sera largement médiatisée et va être utilisée pour justifier l’existence de la commission parlementaire. Dans leurs déclarations publiques, les membres de la commission s’efforceront de faire croire qu’ils ont découvert « des enfants coupés du monde, qui ne connaissaient même pas Zidane. » (Libération). En réalité, cette communauté est sur « liste noire » depuis le rapport de 1996 et les enfants font l’objet d’un suivi régulier par les services sociaux et l’Education Nationale depuis 1998. A cette date, le sénateur Nicolas About avait lui aussi opportunément « découvert » les enfants de Tabitha’s Place. Cela lui avait permis de faire voter une loi limitant une liberté fondamentale, la liberté d’enseignement à domicile par les familles.
Les mêmes ingrédients sont réunis lors d’une descente dans la communauté catholique « Amour et Miséricorde » : médiatisation et accusations en l’absence de tout fait avéré. Le 11 décembre 2009, G. Fenech fait une descente au nom de la Miviludes dans la communauté catholique « Amour et Miséricorde », puis se répand à nouveau devant la presse et à la télévision, dans l’émission « Les infiltrés ». Encore une fois, pas de place pour une éventuelle contradiction du groupe religieux. Une tactique couronnée de succès, puisque la communauté annonce sa dissolution le 18 décembre suite à la campagne de calomnies qui avait accompagné la visite de la Miviludes.
Pour Dominique Balestrat, propriétaire du terrain sur lequel vivait la communauté, et lui-même membre du groupe depuis dix ans, c’est l’incompréhension et la tristesse. Il explique dans « Le Progrès » : « Nous, on l’a bien reçu, Georges Fenech, il nous avait dit qu’il venait non pas pour une enquête, mais seulement pour nous rencontrer. Et nous voilà abreuvés de calomnies. Il n’est pas venu en ennemi. Il est venu en traître. Il s’est servi des media pour nous écraser, alors qu’il n’y a rien à écraser. »
Cette politique mène aux dérives les plus frappantes. Le climat est tel que le jeudi 7 janvier 2010, c’est le centre de Chardenoux, où se trouve l’éditeur de la revue « Terre du Ciel », qui fait les frais d’une descente de gendarmerie à 8h45 du matin, avec interrogatoires coercitifs des employés et saisie de tout le matériel informatique et de cartons entiers de dossiers de travail, mettant les 18 employés en chômage technique. Des gendarmes armés en treillis militaire envahissent les lieux et les questions posées aux responsables de Terre du Ciel montrent que cette opération est montée dans le cadre de la lutte « anti-sectes ».
Mais Terre du Ciel a de nombreux amis qui dénoncent sur Internet les « méthodes musclées intolérables de l’Etat ». « Se mettre en état de guerre pour cerner Chardenoux, où se réunissent les plus beaux fleurons de la pensée internationale et française, cela frise la démence ! », peut-on lire sur le site.
Le comité de soutien se mobilise, des personnalités ainsi que plusieurs chercheurs scientifiques et acteurs du développement durable protestent contre ce raid contre un centre de recherches sur les sagesses du monde. « Il est en effet peu courant que des moyens quasi-militaires soient déployés pour perquisitionner dans une entreprise parce que la législation sociale ne serait pas parfaitement respectée », écrit l’association Démocratie et Spiritualité qui « ne conteste pas la légitimité de l’Etat et des organismes sociaux à contrôler toute entreprise, à condition d’utiliser des moyens proportionnés et de respecter la présomption d’innocence. »
Janine Tavernier, qui fut présidente de l’UNADFI de 1993 à 2001, rappelle sur le même site internet qu’elle a démissionné en septembre 2001 par crainte des dérives idéologiques de l’association. « La perquisition effectuée à Terre du Ciel ne fait que confirmer mes craintes. Face à de tels agissements, je tiens à apporter mon soutien à cette association qui mène, dans un esprit de liberté et dans le respect des personnes, des activités pour un progrès humain individuel et collectif. Est-il condamnable d’être hors de la « pensée unique » ? »
Au-delà de la stupeur et de l’indignation exprimées devant des conditions inacceptables dans un Etat de droit, certains pointent l’ignorance de ceux qui ont commandité cette action. Bernard Ginesty, ancien directeur de Témoignage Chrétien, dénonce : « Il est inacceptable de voir une mise en scène pour s’attaquer à une institution et, qui plus est, lui enlever les moyens de fonctionner. Les faits qui sont rapportés […] montrent clairement qu’il s’agit une fois de plus d’initiatives qui se voudraient antisectes de la part de gens qui n’ont aucune culture sur ce sujet. » « Qui a monté ce scénario brutal et sinistre comme si la recherche spirituelle mettait en péril l’état français ? » « Si Terre du Ciel est touché, personne n’est donc à l’abri ». Cette simple constatation traduit bien l’inquiétude face aux dérives de la « lutte anti-sectes ». Des dérives directement imputables au climat d’inquisition généré par les méthodes répressives de la Miviludes, un organe qui pourtant n’a pas de vocation répressive. Ce qui ne manquera pas d’interpeller à nouveau les instances internationales et européennes en charge de la protection des droits de l’homme et en particulier de la liberté de conscience.