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Ethique & Liberté dans les kiosques
N° 44 Juin 1993 - La liberté religieuse menacée
Actualités religieuses
mardi 6 juin 2000
Tel était le thème de la conférence internationale sur les mouvements religieux qui s’est tenue à Londres du 25 au 28 mars 1993 sous le patronage du CESNUR (Centro Nuovo Religion), INFORM (Information Network Focus on New Religion Movements) et ISAC (Institute for thé Study of American Religion)
Une vingtaine de chercheurs de tous pays se sont succédé à la tribune sur ce thème passionnant tels Massimo Introvigne (CESNUR), James Beckford (Umversity of Warwick), Brian Wilson (Ail Soûls Collège, Oxford), Eileen Baker (INFORM), Jean-François Mayer, Richard Bergeron (Centre d’information sur les nouvelles religions de Montréal), auteurs d’ouvrages scientifiques sur les religions parallèles. A la richesse des interventions s’ajoutait une "première" qui a donné une note éclairée à ce colloque ; la présence des représentants des principaux mouvements qui furent invités à se présenter et purent ainsi répondre à toutes les questions, sans intermédiaire. Les interventions ont également couvert les problèmes posés par le manque de rigueur et les dérives des associations de lutte contre les nouveaux mouvements religieux (type ADFI) qui se substituent trop souvent aux chercheurs spécialisés dans ce domaine. Comme le commentateur religieux du Monde, Henri Tincq, l’avait déjà fait remarquer dans un article du 2 mai 1992 : "Pour prévenir tout climat de chasse aux sorcières et en revenir à la sérénité qui préside dans d’autres pays au débat sur les sectes, il est temps que la parole soit donnée aux juristes, aux théologiens, aux hommes de science. " L’absence de chercheurs français à cette conférence ainsi que l’absence de Groupe d’étude et de recherche sur les nouveaux mouvements religieux en France fut déplorée par chacun.
Les 24 et 25 avril 1993 se déroulait à Barcelone une conférence de coordination internationale des groupes antireligieux, sous l’égide de l’UNADFI (Union nationale des Associations de défense de la famille et de l’individu) à laquelle participaient les psychiatres américains qui défendent les thèses du comportementalisme.
Jeanine Tavcrnier, présidente de l’ADFI Paris, et le docteur Jacques Richard, président de l’ADFI Le Mans étaient les co-organisateurs de ce congrès, dont l’un des intervenants, le docteur Paul Martin, dirige la clinique Wellspring Retreat and Resource Center, à Albany dans l’Ohio. Pour 2000 $ par semaine, le docteur Martin "rééduque" les adeptes de nouveaux mouvements religieux par des techniques visant à leur faire renier leur foi. Une brochure publicitaire de la clinique mentionne ainsi que des ateliers ont pour but de corriger les "pensées déviantes" (tiistiirted thinking) et doctrines aberrantes (aberraliunal cultic cJ/ictrtnei), liées à l’appartenance aux mouvements incriminés. Cela ne serait qu’une sinistre plaisanterie si cette conférence n’avait coûté 25 000 F aux contribuables. Nous avons en effet appris par une circulaire émanant de la direction de l’administration générale, au ministère de la Jeunesse et des Sports, que les préparations pour ce congrès ont été financées par les fonds publics à hauteur de 25 000 F sur un total de 116.OOOF alloués à l’UNADFI par le seul ministère de la Jeunesse et des Sports. Alors qu’une authentique rigueur budgétaire se met en place, le moment n’est-il pas venu de remettre en question les subventions accordées à ce genre d’associations anticonstitutionnelles.
Financer un groupe antireligieux avec les fonds de l’Etat est anticonstitutionnel, décide la cour suprême allemande.
Un Etat ou une municipalité ne peuvent distribuer l’argent de leurs contribuables à des associations qui travaillent à dénigrer les convictions religieuses d’un certain nombre de citoyens et pratiquer à leur égard la discrimination ? En Allemagne la Cour suprême fédérale y a répondu dans un arrêt qui a pris en compte le caractère anticonstitutionnel de telles pratiques. Voici quelques-uns des attendus de la décision, en date du 24 avril 1992 : « "La garantie constitutionnelle de neutralité en matière religieuse est violée si le gouvernement utilise une association privée, qui oeuvre à son tour sur un plan philosophique et religieux en prenant part à la discussion philosophique et religieuse de manière non neutre et partisane." »La cour suprême ajoute que « "le gouvernement est tenu par ses devoirs fondamentaux de modération et de respect des faits dans ses prises de position" » et qu’il "ne peut s’en exonérer en ayant recours a une association privée qui, elle, a la possibilité d’user de sa liberté d’expression pour aller jusqu’à émettre des critiques malveillantes". Par cet arrêt, la cour a donc mis fin au financement par l’Etat allemand d’une association psychiatrique similaire à l’ADFI qui prétendait "informer et éclairer le public contre les dangers que représentent" les nouvelles religions. Ce à quoi la haute juridiction a répondu que l’activité de l’association visait à affaiblir le rôle des communautés religieuses ou philosophiques concernées et à freiner leur développement. Les tribunaux en France n’ont pas encore statuer sur ce sujet mais la polémique autour des subventions accordées à des groupes antireligieux, comme l’ADFI, ne cessent de croître. Ce qui est un commencement de prise de conscience de la nécessité de rester neutre en la matière.